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Mathilde Vincent
Vingt et un Novembre Mille neuf cent quatre ving quinze.
You miss me I love you. I cannot say to you how much I love you and you miss me.
_________________________ROMAIN
Moi ? J'ai une tête à aimer ? Non, non. J'ai le coeur malformé. On pourrait dire que j'suis handicapée, ouais. Y a aucune flamme qui brûle en moi, à peine quelques étincelles, par-ci, par-là. Mais elles sont vite essouflées, comme l'obsession que je te vouais. Ouais, j'ai pas une tête à aimer moi, j'suis pas faite pour ça. J'suis faite pour adorer, vénérer. J'suis faite pour perdre la tête à tout bout de champ, pour un oui et pour un non. J'suis prête à faire n'importe quoi, pour un garçon comme toi. Pendant quelques temps, en tout cas. Je ne sais faire que ça. J'm'accroche aussi vite que j'me décroche. Je tombe, puis je me relève. Y a pas de grande chute avec moi, pas de grand amour, pas de happy ending. Juste des mots sans valeurs, des histoires sans profondeur. J'fais pas dans les grands sentiments, j'fais juste dans les retentissements, dans les retournements. J'suis là où on ne m'attend pas, mais je n'y reste jamais bien longtemps. De l'un à l'autre je vais, sans jamais vraiment m'arrêter. J'me pose trop de questions, mais j'en cherche pas vraiment les réponses. Aujourd'hui c'est toi, demain, je ne sais pas. C'est comme ça. J'suis compliquée. Handicapée du coeur et des sentiments. ( ... ) Il y a des choses que nous avons perdu en route, que l'on a laissé sans trop s'en soucier. On ne se rendait pas compte. Il y a des choses que j'aurais dû dire, d'autre pas. Il y a silences que j'aurais aimé te faire comprendre, des phrases que j'aurais préféré que tu ignore. J'aurais aimé m'attacher plus, m'attacher mieux. De sorte que nous ne nous effilions pas. J'aurais aimé que tu sois là, toujours, que nous soyons plus fort de jour en jour. Je m'en rends compte moi aussi. Ces souvenirs et ces espoirs nous glissent entre les mains. N'allons pas trop vite, n'allons pas trop loin. A toi, à nous et à tout ce que je n'ai pas su te dire. ( ... ) On pourrait aller à la mer, tremper nos doigts d'pieds dans l'eau et se dire que de toute façon les autres c'est tous des cons. On pourrait. C'est vrai qu'est-ce qui nous retient, de jouer aux lâches, aux je m'en foutistes, aux égoïstes, aux immatures ? "Foutre le feu au temps d'avant" Ceux qui avaient les mots sont tous morts et on s'prend pour des écrivains, des artistes refoulés et on aurait tort d'se priver. ( ... ) Tu pourras toujours t'éclater le visage sur ton intériorité. Le ressenti parfois si fort que tes mains se crispent. Où est le lien ? Où réside la puissance de la douleur? Pourquoi devoir extérioriser ? Que valent les mots ? Tu pourras toujours chercher à être moins seul parce qu'en réalité tu l'es jamais mais tu l'es tout le temps. Question de point de vue. Comment dire je t'aime sans se compromettre? Avouer ses faiblesses, dissimuler les forces qui n'existent pas. Peut-on véritablement détruire par simple volonté et manipulation? Parfois plus rien n'existe, on se laisse balancer par ce qui nous surprend et nous bouscule en notre personne. Tu essaies de donner une partie de toi même pour abandonner le poids et la frustration d'être. Qui es-tu ? Pourquoi savoir ? A quoi bon se remettre en questions ? Tu es submergé, tu es comme atrophié, comme confiné au fond et restreint en toi-même, toi qu'on pénètre, qu'on aime sans que tu puisses prévoir, empêcher. Tu pourras toujours réagir. Quels sont les bons choix puisque rien n'est jamais entièrement sous contrôle dans le souffrir ? Il arrive que tu t'échappes. Tu prends le vent, ouvres un passage vers l'avenir tel qu'il doit exister, touches le bonheur en fermant les yeux, oublies ce qui n'est plus, froles les perceptions ultimes. Peut-on s'ignorer soi-même? Après tout, l'ordre n'est qu'une transpiration du bordel réel qui nous constitue. Le désespoir nait de la lucidité, l'enfermement. Une équivalence douloureuse.